Le tabassage d’un producteur à Paris, énième affaire de violences policières

Quatre policiers ont été placés en garde à vue et entendus ce vendredi par l’inspection générale de la police nationale (IGPN), après le passage à tabac samedi soir dernier, d’un producteur dans son studio parisien. Cette nouvelle affaire suscite partout l’indignation, alors que les cas de « violences policières » semblent s’accumuler.

Révélée jeudi par le média Loopsider, l’affaire du passage à tabac d’un producteur de musique par des policiers samedi 21 novembre à Paris relance les interrogations autour des méthodes employées par la police. D’autant qu’elle éclate après une succession de polémiques sur ces pratiques. 

Elle intervient après l’évacuation musclée lundi soir d’un camp de migrants place de la République à Paris. Des vidéos tournées lors de cette opération montrent notamment un journaliste être frappé par un policier et un commissaire de police faire un « croche-pied » à un exilé. Selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, cet acte devrait lui devoir très prochainement une convocation en conseil de discipline pour « usage disproportionné de la force ».

Elle intervient également après la publication, mardi, d’un rapport de la Défenseure des droits sur l’interpellation en 2017 de Théodore Luhaka. Lors d’un contrôle de police, ce jeune homme d’Aulnay-sous-Bois âgé de de 22 ans avait reçu de nombreux coups de poing mais aussi de matraque ayant entraîné une infirmité permanente. Dans son rapport, la Défenseure des droits pointe de nombreux manquements à la déontologie policière de la part des quatre fonctionnaires. Elle demande également que des sanctions administratives soient prises à leur encontre.

De Babacar Gueye aux gilets jaunes

Mais la liste des interventions policières controversées ne s’arrête, hélas, pas là. En janvier 2020, Cédric Chouviat, livreur à scooter de 42 ans, est décédé deux jours après un contrôle routier houleux à Paris au cours duquel il a été plaqué au sol avec son casque sur la tête. Dans une vidéo tournée par un passant, on l’entendait  dire « j’étouffe » à plusieurs reprises. Dans cette affaire, trois policiers sont poursuivis pour « homicide involontaire ».

On pense également à Adama Traoré, mort le 19 juillet 2016 à Persan (région parisienne), près de deux heures après son arrestation par des gendarmes au terme d’une course-poursuite. Des premières autopsies avaient révélé la piste d’une asphyxie, sans établir avec certitude la cause du décès. Une nouvelle expertise judiciaire avait exonéré les gendarmes au printemps 2020, tandis qu’un médecin mandaté par la famille estimait que l’asphyxie avait été causée par un plaquage ventral. L’enquête se poursuit.

Ou encore Babacar Gueye, un jeune Sénégalais sans papiers qui, un soir de décembre 2015, s’était entaillé le torse avec un couteau avant de blesser un ami pour finalement s’excuser. Les policiers intervenus l’avaient finalement tué de cinq balles de revolver et plaidé la légitime défense. Les proches de la victime parlent d’un acte désespéré et pointent les incohérences de la version des policiers.  

Mais outre ces affaires, les méthodes des forces de l’ordre ont également été largement critiquées lors des manifestations des gilets jaunes durant lesquelles onze personnes sont décédées et près de 2 000 blessées. Parmi eux, selon le décompte tenu par le journaliste indépendant David Dufresne, 24 ont été éborgnés et cinq ont eu la main arrachée par des grenades de désencerclement.

Un lien de confiance fragilisé

Autant d’affaires donc, qui ont petit à petit fragilisé le lien de confiance entre les citoyens français et leur police. Une institution d’ailleurs souvent mise à mal sur les réseaux sociaux et que la loi dite de « sécurité globale » vise à protéger, notamment avec son article 24 qui prévoit de réglementer la diffusion de vidéos des forces de l’ordre. 

Ce point précisément rajoute à la colère de l’opinion publique, d’une partie de la classe politique, mais aussi de l’ensemble des journalistes qui y voient une atteinte à la liberté de la presse. 

Dans sa volonté d’apaiser les tensions, le Premier ministre Jean Castex a proposé jeudi de faire réécrire cet article très controversé par une commission indépendante. La proposition a été vivement rejetée par le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand et par son collègue du Sénat Gérard Larcher, qui a même conseillé au gouvernement d’enterrer sa mesure.

RFI

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